Retour sur la réunion 30 novembre

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Élus locaux, députés, représentants des territoires expérimentaux et des territoires volontaires pour entrer dans la 2e étape de l’expérimentation en 2019, partenaires… Plus de 160 personnes se sont réunies, jeudi 30 novembre à Paris, dans les locaux d’Accenture France à l’invitation de l’association Territoires zéro chômeur de longue durée, pour faire le point sur l’expérimentation en cours et construire ensemble la suite du projet. Retour sur cette journée de travail riche d’échanges, animée avec talent et humour par les acteurs de La belle boîte.

LE POINT D’ÉTAPE ET LES OBJECTIFS VISÉS

« Il y a une alchimie frappante dans cette expérimentation »

« Parmi les 350 personnes d’ores et déjà embauchées sur les 10 territoires expérimentaux, la moyenne d’âge est de 45 ans et la durée moyenne de chômage avant l’embauche, de 46 mois. Il s’agit donc de personnes en demande d’emploi depuis longtemps », a souligné Louis Gallois, lors la matinée du 30 novembre. Le président du Fonds d’expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée a loué « l’alchimie frappante » à l’œuvre sur les territoires expérimentaux : « le consensus local reste extrêmement fort, de même que la mobilisation des acteurs locaux, les entreprises à but d’emploi (EBE) fonctionnent et sont remarquablement dirigées, les salariés ne sont pas uniquement des salariés, ils s’investissent énormément dans la réussite de l’entreprise et nous allons pouvoir compter sur eux pour la développer et prendre des responsabilités ». S’il est « remarquable qu’une expérimentation ait pris une telle dynamique en quelques mois », effet d’une « longue préparation », Louis Gallois a toutefois listé plusieurs points de vigilance pour les mois à venir. Ainsi « la bataille des fonds propres n’est pas gagnée pour 2018 », note-t-il, les EBE doivent « accroître leur chiffre d’affaires », « les entités bénéficiant de la remise en emploi des gens doivent participer au financement », « les Direccte et services publics locaux doivent tous être joueurs sur le terrain et non arbitres ».  « Il faut que toutes les forces de notre pays s’engagent », a ajouté Patrick Valentin, directeur du Fonds et vice-président de l’association TZCLD, « nous sommes en train de reprendre la main sur notre économie ». Il a salué l’accueil « très intéressé » des départements et régions : « l’expérimentation est un accélérateur des politiques publiques les plus urgentes », a-t-il remarqué.

Trois objectifs pour la suite du projet

« Nous avons trois objectifs pour la réussite du projet », a insisté Laurent Grandguillaume, président de l’association TZCLD : « réussir l’expérimentation sur les 10 territoires habilités, préparer une centaine de territoires volontaires pour 2019 et obtenir une 2e loi en mobilisant les parlementaires et l’exécutif ». « L’OCDE chiffre à 36 000 € par personne et par an le coût de la privation d’emploi », a-t-il rappelé, « il y a donc énormément de moyens qui peuvent être réalloués ». Le président de TZCLD a salué « l’appétence et la confiance des territoires », « la mobilisation de nombreux élus et parlementaires » et « l’accueil favorable du gouvernement et du président de la République ». Pour sa part, Christian Nibourel, président d’Accenture France, dont le groupe est engagé sur le territoire de Villeurbanne (Rhône) et qui accueillait cette journée d’échanges, a salué « la montée en charge de l’expérimentation » et promis de « s’engager auprès des décideurs pour poursuivre ce projet ».

 

LES ATELIERS

En fin de matinée, l’assistance s’est repartie en ateliers thématiques pour travailler sur la suite du projet.

Étapes clés de mise en place du projet sur les territoires et mobilisation locale : les représentants des territoires volontaires pour entrer dans la démarche à horizon 2019 et ceux des territoires habilités ont planché sur la mise en œuvre du projet au niveau local. Ils ont ainsi listé les étapes clés, parmi lesquelles la création d’un collectif de citoyens, demandeurs d’emploi, habitants, etc., l’adhésion à l’association TZCLD, le soutien politique d’élus municipaux et départementaux, l’ancrage dans un projet de territoire, la mobilisation des entreprises, le lien privilégié à nouer avec les structures de l’insertion par l’activité économique ou encore la responsabilisation des acteurs du comité local qui doivent jouer un rôle efficace.


Préparation de la 2e loi 
: au cours de l’atelier réunissant les parlementaires, le travail s’est centré sur le calendrier et la présentation du « comité projet ». Créé début 2018 et composé de membres volontaires du conseil d’administration et du bureau de l’association TZCLD, ce comité sera chargé de formuler une proposition en vue de préparer le prochain texte de loi. Ce texte, soumis lors de l’assemblée générale mi-2018, sera également nourri par les échanges avec le groupe parlementaire composé des députés et sénateurs engagés dans le projet. Les questions des députés ont porté sur le caractère non concurrent et supplémentaire des emplois créés, l’implication des entreprises du territoire via un groupement d’employeurs ou encore les conditions nécessaires pour que l’expérimentation démarre sur un territoire. À cette dernière question, les élus des territoires expérimentaux ont affirmé qu’un portage politique fort allié à une mobilisation opérationnelle d’acteurs de terrain étaient les ingrédients nécessaires.

 

LES TÉMOIGNAGES

L’après-midi s’est centré sur les témoignages des territoires : habilités ou volontaires, leur regard sur la mise en œuvre du projet est fondamentale pour faire avancer l’expérimentation.

Côté territoires habilités, Thiers (Auvergne), Jouques (Bouches du Rhône) et la Métropole européenne de Lille (MEL – Nord) sont revenus sur les prémisses de la démarche sur leur territoire. « Cela a marché parce que les personnes mobilisées sont sorties de leurs a priori », explique Marc Godefroy, président du comité local de la MEL, « les associations, les élus, les demandeurs d’emploi, tous disaient que c’est une bouffée d’oxygène de se mettre à regarder les choses différemment ». À Jouques, « la proposition de loi, puis son vote, a beaucoup aidé à lever les réticences », précise Isabelle Loss, cheffe de projet. Elle souligne également « les vertus de la répétition » pour faire venir les demandeurs d’emploi : « nous avons informé tous azimuts, via Pôle emploi bien sûr, mais aussi les médecins, la pharmacie, les Restos du cœur… ». Nadia Daval, salariée d’Actypôles, EBE de Thiers, n’a d’ailleurs pas été convaincue à la première réunion, « je me suis dit ‘ils croient au Père Noël’ ». Reçue par Pôle emploi, elle a aussi été déstabilisée lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle aimait et voulait faire : « c’est une approche à laquelle on n’est pas habitués ! Mais au fil des réunions de préparation j’ai pris confiance en moi et en ceux qui portaient le projet ». Elle aime « conduire, parler aux gens et s’occuper des personnes âgées », aujourd’hui, elle fait partie du pôle mobilité de l’EBE. « On est 10 salariés sur 30 à avoir le permis, je véhicule aussi les clients du garage solidaire… », explique-t-elle.

Embauché au sein d’Emerjean, EBE de Villeurbanne, Jean-Philippe Gueret fait partie du groupe couture et blanchisserie, mais « ne fai[t] pas que ça, [il] aide souvent en cuisine » et apprécie de faire des tâches variées, en fonction des commandes des clients. Dans ces entreprises polyvalentes, « quand il y a une grosse commande, toute l’équipe se mobilise, c’est une vraie force », explique Laure Descoubes, directrice d’Actypôles. Aujourd’hui, les EBE embauchent 350 personnes. Elles doivent accroître leur chiffre d’affaires : « nous travaillons sur le ‘consentement à payer’ des clients », précise Laure Descoubes, « nous faisons le pari qu’il va augmenter au fil du temps car les activités apportent du bien-être et une vraie valeur ajoutée sur le territoire ». « Nous devons aussi répondre aux questions qui se posent dans la construction de l’EBE, en matière d’organisation, de culture d’entreprise… », affirme Isabelle Loss. « Il faut aussi structurer les activités », note Marc Godefroy, « les besoins sont là mais mettre en place les activités demande du temps ». Plusieurs mois après l’ouverture de l’EBE, « il y a beaucoup de bienveillance et de fascination envers la démarche et l’entreprise », affirme-t-il.

Côté territoires volontaires pour entrer dans la 2e étape de l’expérimentation, les niveaux d’avancement ne sont pas les mêmes mais tous témoignent de la dynamique engagée. Sur le territoire de Pont-Château (Loire atlantique), « le département a mis en place un plan de lutte contre le chômage et Territoires zéro chômeur de longue durée en fait partie », explique Danielle Cornet. « Le comité local est constitué et s’est réuni deux fois, c’est le tout début de la démarche mais je suis déjà très contente que l’on ait créé le consensus et dépassé les premières barrières », ajoute la maire de Pont-Château. À Bouffémont (Val d’Oise), « la démarche est partie de citoyens et, aujourd’hui, le comité local est en place », affirme Jacques Lek, membre de Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), la prochaine étape étant de prendre contact avec les demandeurs d’emploi. Candidat malheureux lors de l’appel à projets fin 2016, le Clunisois (Saône-et-Loire), « poursuit la démarche engagée ». « La prise de conscience que le territoire ne devait pas dépendre d’un seul employeur et qu’économie et emploi devaient marcher main dans la main s’est faite en 2012, lorsque le 1er employeur du bassin a été mis en redressement judiciaire », explique Jean-Luc Delpeuch, président de la communauté de communes. « La compétence emploi a été confiée à la communauté de communes et un pôle territorial de coopération économique a été mis en place », ce dernier remplit le rôle de comité local. « Cette démarche a la vertu de fédérer tous les acteurs et de les amener à travailler ensemble, sur ce sujet, mais aussi sur tous les autres », conclut Danielle Cornet.

L’INTERVENTION DE CHRISTOPHE ITIER

« Territoires zéro chômeur de longue durée a toute sa place dans la feuille de route pour développer l’ESS » 

« Territoires zéro chômeur de longue durée est une innovation sociale extrêmement importante qui rentre pleinement dans ce que nous sommes en train de porter sur le plan politique », a affirmé Christophe Itier en clôture de la journée de travail organisée par l’association TZCLD, dans les locaux d’Accenture France à Paris. Le Haut-commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale a indiqué être « en train de co-écrire une feuille de route pour un plan de développement de l’ESS », feuille de route « dans laquelle Territoires zéro chômeur de longue durée a toute sa place ». « Nous allons lancer un laboratoire accélérateur de l’innovation sociale début 2018 », a-t-il ajouté, avec « une quinzaine d’initiatives phare qui en seront les piliers », invitant Territoires zéro chômeur de longue durée à en faire partie. Par ailleurs, des « territoires pilotes seront sélectionnés au 1er trimestre » pour « accélérer les écosystèmes existants sur ces territoires ». « Sur les sujets de lutte contre le chômage, de transition écologique, numérique, etc, nous ne pourrons pas y arriver à travers les seules politiques publiques », conclut le Haut-commissaire, « c’est d’abord les initiatives locales qui vont permettre de répondre à ces questions, ce qui impose à l’État de revoir son rôle : être un peu moins dirigiste tout en veillant à la cohésion sociale et en accélérant les initiatives ».

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